Denis Philipon : "l'ambition, c'est dans l'ADN du club"

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Denis Philipon : “l’ambition, c’est dans l’ADN du club”

Denis Philipon, président de Provence Rugby, s’est confié dans le dernier numéro de Ruck Magazine. Une interview à retrouver ci-dessous.

On ne l’avait pas entendu depuis cette cruelle élimination du côté de Nevers, fin avril, après 16 minutes d’arrêt de jeu. Si la « digestion a été difficile », admet-il, il a aussi fallu « se poser pour analyser les raisons de cet échec ». Rasséréné, lucide, enthousiaste et déterminé, le président de Provence Rugby, Denis Philipon a répondu aux questions de Ruck Magazine. En toute sincérité et avec beaucoup d’humilité. Et avec l’année 2020, où le club fêtera son demi-siècle d’existence, comme obsession. Interview.

 

Avec désormais quelques semaines de recul, comment as-tu vécu la saison précédente ?

 

Elle a été éprouvante. Mais j’aime ça. Le confort n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Ces situations difficiles, elles nous permettent d’avancer. Les erreurs que nous avons commises nous font progresser. C’est Nelson Mandela qui disait : « je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». J’y adhère totalement.

 

Considères-tu la saison passée comme un échec ?

 

Lorsqu’on n’atteint pas l’objectif fixé, c’est forcément un échec. Après la relégation de la saison d’avant, c’est même le deuxième consécutif. Je ne m’en cache pas. Mais je crois que les raisons de ces échecs sont différentes. Nous avons corrigé beaucoup de choses l’été dernier, comme la justesse de notre recrutement par exemple : en ce sens, les arrivées de Cédric Beal, Thibaut Zambelli, Charles Brousse, Laurent Tranier Addison Lockley ou encore Romain Sola, quelques mois avant, sont très satisfaisantes. Les raisons de la non-réussite cette saison ne sont pas les mêmes et je crois que nous les avons cernées. Nous avons réalisé un énorme travail d’analyse après ce revers

 

Quelles sont ces erreurs ?

 

Le début de saison a démontré que nous avions une belle équipe, avec de très bons joueurs, capables notamment de mettre en danger tous les gros bras du championnat sur leur pelouse, où nous avons été à chaque fois très proches de gagner. Les demi-finales l’ont aussi montré puisque nous avons plus que malmené Nevers, qui monte en Pro D2. La fin de saison régulière démontre en revanche que le groupe n’a pas été assez fort pour inverser la spirale négative, enclenchée à Auch. Il y a eu ce grain de sable et le groupe n’a pas su se retrouver autour de valeurs et d’un objectif communs. On a aussi manqué de leadership dans les moments importants. Et parfois, aussi, d’humilité face à des équipes valeureuses. Voilà les raisons principales bien qu’elles ne soient pas les seules.

 

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Cela a-t-il constitué la ligne directrice du recrutement ?

 

Oui bien sûr. L’objectif est de construire un vrai groupe uni, solidaire. Dont la valeur principale sera le travail. C’est notre leitmotiv. Des erreurs sont faites, certes, mais on ne peut pas nous reprocher de ne pas travailler. Je veux que les joueurs soient eux aussi irréprochables à ce niveau-là. A Aix-en-Provence, nous n’avons pas le public le plus enthousiaste du monde, c’est vrai, mais il est en revanche très connaisseur. Il reconnaît un joueur qui triche sur le terrain et il ne le pardonne pas. Si, par le passé, le club a souvent suscité l’intérêt à travers de grands noms du rugby, je veux aujourd’hui qu’il le fasse grâce à son travail et son investissement sur le terrain. Bien que les deux ne soient pas incompatibles. Les performances et les résultats en découleront. Pour accompagner cette direction, nous avons voulu « franciser » l’effectif. Centre de formation compris, nous avions 25 étrangers il y a deux saisons, 14 la saison dernière et 8 la saison prochaine, dont la grande majorité sont des Français d’adoption : Addison (Lockley), Marika (Vakacegu) ou encore Jesus (Moreno Rodriguez).

 

Rugby pro contre valeurs du rugby, c’est le grand débat actuel. N’as-tu pas peur d’être vu comme un businessman du rugby, aux détriments des valeurs ?

 

Peut-être, c’est vrai. Mais si assainir financièrement un club alors que certains grands clubs historiques ont d’immenses difficultés, c’est faire du business… Si accueillir 60 enfants des quartiers populaires grâce aux bénévoles de l’Ecole des XV, c’est faire du business… Si travailler étroitement avec les associations du Jas de Bouffan, c’est faire du business…  Si placer comme priorité l’émergence des jeunes talents provençaux au sein de notre équipe première, c’est faire du business… Alors oui, je veux bien être vu comme un businessman du rugby (sourire). Mais mener à bien toutes ces missions, en plus d’une équipe première performante, demande des moyens importants. Et dans cette optique, c’est vrai que l’organisation du club s’apparente aujourd’hui à celle d’une entreprise, dont la mission est de générer des revenus. Ce qui est un choc des cultures dans le monde du rugby où l’ère du professionnalisme est parfois tabou surtout lorsque, comme nous, on évolue en Fédérale 1. Il y a là un difficile équilibre à trouver.

 

 

Mais on a souvent entendu parler d’un manque d’identité…

 

Je pense que c’est en partie une idée reçue : la saison dernière, 13 joueurs sur les 39 convoqués avec le groupe pro, soit un tiers, sont des Provençaux. C’est un bon point de départ. Ensuite, cette identité dont tu parles a évolué il y a deux ans lorsque nous avons fait le choix courageux de devenir Provence Rugby. C’est un nouveau chapitre du club dont nous nous efforçons de poser les fondations. Ce que fait par exemple la nouvelle équipe dirigeante de l’Olympique de Marseille – bâtir des partenariats avec les clubs voisins -, c’est quelque chose que nous avons entamé il y a deux saisons et qui porte aujourd’hui ses fruits. C’est avec nos clubs partenaires, ainsi que notre filière de formation – dont 3 équipes se sont qualifiées pour les phases finales du championnat de France – que nous allons continuer d’affirmer cette identité provençale. Quand je vois que notre nombre d’abonnés a triplé en 3 ans, je ne peux pas m’empêcher de penser que beaucoup de supporters nous suivent dans cette direction. Et puis, pour renforcer tout ça, nous allons aussi faire appel aux anciens joueurs du club. Eux aussi doivent s’approprier cette aventure (voire page suivante, ndlr)

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Quel sera l’objectif pour la saison à venir ?

 

Nous ne pouvons pas nous empêcher d’être ambitieux. C’est dans l’ADN du club. A sa fondation, il l’était lorsqu’il a décidé de se détacher de l’AUC pour grandir sous la direction de Maurice David. Faire exister le rugby à Aix-en-Provence, c’était déjà quelque chose d’ambitieux. Tous les présidents qui se sont succédés avant moi ont, à un moment, exprimé cette ambition. L’objectif, la saison prochaine, ce sera de remonter en Pro D2 pour retrouver une vitrine, l’équipe première, en adéquation avec toutes les étapes franchies par le reste du club. Nous prendrons chaque match comme une nouvelle bataille à remporter, c’est comme ça que nous y arriverons. Mais je ne vois pas uniquement à travers la saison prochaine.

 

C’est-à-dire ?

 

Demain, en 2020, le club fêtera ses 50 ans. Un bel âge pour faire entrer le club dans une nouvelle dimension. J’ai l’intime conviction qu’un nouveau cycle s’ouvre avec cette saison 2017-2018. Au bout de celui-ci, notre vision du club est claire : avoir une équipe première dans la première partie de tableau de Pro D2, des joueurs du cru encore plus nombreux au sein de l’effectif, un stade amené à 9000 places et des structures de très haut niveau dont les travaux du futur centre d’entraînement vont débuter très bientôt. On aura alors une charpente assez solide pour se fixer de nouveaux objectifs toujours audacieux. Mais pour y parvenir, toutes les énergies positives qui gravitent autour du club doivent être fédérées à l’intérieur de ce projet, dont plusieurs programmes sont déjà activés. Par exemple, dès la saison prochaine, les joueurs pros parraineront les équipes de l’association, ils iront les voir régulièrement ; nos partenaires, avec leur connaissance du monde de l’entreprise, parraineront les joueurs du centre de formation ; les anciens joueurs retrouveront en Maurice-David un lieu de rencontre et d’échange avec des actions spécialement dédiées ; nos supporters, eux, ont déjà choisi le maillot de la saison prochaine et seront régulièrement sollicités ; les collectivités nous soutiennent en agrandissant notre stade… L’idée, c’est de fédérer toutes ces énergies pour faire émerger un grand club de rugby en Provence. C’est ambitieux mais c’est notre volonté. Et je suis convaincu que nous y arriverons.

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