Dans des conditions très humides, Provence Rugby a livré un match dense et engagé à Armandie, longtemps indécis et finalement remporté par Agen dans les dernières minutes. Une bataille disputée de bout en bout, conclue par un bonus défensif mérité pour les Noirs..
FICHE TECHNIQUE
Agen 27 – 23 Provence Rugby. Score à la mi-temps : 10 – 7. Arbitre : Adrien Marbot. Stade Armandie.
Pour Agen : 3 essais (Etcheverry 8′, Socino 50′, Dupichot 76′), 3 transformations (Willis 8′, 50′, 77′), 2 pénalités (Willis 35′).
Pour Provence Rugby : 2 essais (Gambini 27′ Coville 57′), 2 transformations (Salles 27′, 57′), 3 pénalités (Salles 48′, 67′, 71′). Cartons : jaune (Colombet 77′)
Composition des équipes
Agen : Guion, Socino, Burin – Olmstead, Madigan – Lebian, Fineanganofo, Gayraud – Maunder (m), Willis (o) – Etcheverry, Garrigues, Muscarditz, Martins – Jean. Remplaçants : Jouvin, Mstoian, Demotte, Serieyssol, Bellot, Ramoka, Dupichot, Macharashvili.
Provence Rugby : Taofifenua, Latterrade, Francis – Zafra, Rodda – Tuisue, Gambini, Jalagonia – Coville (m), Salles (o) – Bituniyata, Finau, Colombet, Tui, Vareiro. Remplaçants : Pifeleti, Wegrzyn, Portat, Suta, Cazenave, Soulan, Galletier, Hawkes.
LE FILM DU MATCH
Ce déplacement à Armandie avait forcément un parfum particulier. Sur le banc agenais, Mauricio Reggiardo retrouvait Provence Rugby, un club qu’il a dirigé à plus de 130 reprises et où il a laissé une trace forte. Toute la semaine, Philippe Saint-André l’avait rappelé : « le meilleur hommage à lui rendre, c’était de livrer une belle prestation« . Les Noirs se présentaient donc en confiance, portés par 7 victoires lors des 8 derniers matchs, mais sous une pluie battante qui annonçait une soirée de combats plus que de grandes envolées.
L’entame est entièrement agenaise. Dès la 2ᵉ minute, le SUA envoie un message fort en refusant trois points faciles pour aller en touche. Provence Rugby défend parfaitement le premier maul, Bituniyata colle un énorme plaquage, mais le danger reste permanent. Les Noirs n’ont toujours pas mis la main sur le ballon qu’Etcheverry conclut une très belle séquence locale (7–0, 8’). Willis transforme, et sous cette pluie lourde, les Noirs savent déjà qu’il faudra aller chercher loin.
Dans ces conditions grasses, les transmissions sont délicates et le ballon vit mal. Salles et Vareiro se cherchent, des ballons tombent, mais l’arrière portugais se montre précieux par un superbe arrêt de volée. Peu à peu, Provence Rugby s’installe dans le match : un maul puissant, une mêlée à cinq mètres récupérée, des séquences enfin longues. Entre la 15ᵉ et la 25ᵉ minute, le camp agenais plie mais ne rompt pas… jusqu’à cette action interminable où Charly Gambini conclut en force (7–7, 27’). Salles transforme et Provence est enfin lancé.
Le match ressemble alors à un combat de boxe, où chaque coup est rendu. Garrigues, par sa capacité à jouer au contact, trouble la défense provençale. Et après une mêlée où Agen impose sa puissance, Willis redonne l’avantage (10–7, 35’). La pluie cesse en fin de période, comme si la soirée hésitait à basculer. À la pause, c’est serré, lourd, intense : 10–7, tout est encore possible.

Le début de seconde période démarre par un moment d’inattention qui coûte cher. Après un jeu au pied de Willis, la touche provençale est mal négociée, un bras cassé est accordé au SUA, et Socino joue vite pour surprendre la défense. Essai plein opportunisme (17–7, 43’). Willis transforme. Armandie gronde, et on se dit que ce match pourrait devenir long. Mais les Noirs, eux, ne paniquent pas. Salles claque une pénalité lointaine (17–10, 48’), preuve d’un groupe qui reste calme dans l’adversité.
Le tournant aurait pu être cruel : à la 50ᵉ, Agen pense marquer un nouvel essai, mais l’arbitrage vidéo révèle un en-avant de Martins. Ouf. On en reste à 17–10. Willis, dans la foulée, sanctionne une nouvelle faute provençale (20–10, 54’), mais Provence Rugby refuse d’abandonner l’idée d’aller chercher quelque chose.
Et c’est là que le match bascule. Sur une action limpide mêlant Finau, Vareiro et Salles, Coville s’échappe et marque un superbe essai (20–17, 57’). Tout est relancé, et les Noirs semblent prendre l’ascendant. Quelques minutes plus tard, la mêlée provençale renverse son vis-à-vis : pénalité, et Salles égalise (20–20, 61’). La première ligne toute neuve — Wegrzyn, Hawkes, Pifeleti — a fait une entrée décisive.
On entre dans le money time, un domaine où les Provençaux excellent ces dernières semaines. Les Noirs donnent le sentiment de poser la main sur le match : propres dans les sorties de camp, disciplinés, plus justes. À la 71ᵉ minute, Salles récompense cette montée en puissance et Provence Rugby passe devant pour la première fois (20–23). Armandie retient son souffle.
Agen refuse les points qui leur permettraient d’égaliser et choisit la touche. Manquée. Une nouvelle fois. Les Noirs se disent peut-être que la déception est évitée… mais le rugby reste un sport parfois cruel. À la 76ᵉ minute, Willis dépose une passe au pied parfaite, Dupichot surgit et crucifie la défense (27–23, 76’). Le réalisme agenais fait la différence au moment où tout pouvait basculer.
Le score n’évoluera plus. Provence Rugby s’incline au finish après une bataille d’une densité remarquable. Un match qui se joue sur quelques détails, sur la précision dans les zones chaudes, sur des gestes qui, sous la pluie d’Armandie, prennent encore plus de valeur. Les Noirs ramènent tout de même un bonus défensif mérité, et un enseignement : même en difficulté, ce groupe a du caractère, de la ressource, et n’a jamais semblé décrocher.
À l’heure du coup de sifflet final, on ne pouvait qu’avoir une pensée pour Mauricio Reggiardo, vainqueur ce soir face au club qu’il a tant marqué. Provence Rugby lui avait promis une belle copie : elle fut sérieuse, engagée, parfois imparfaite mais courageuse. Revanche au mois de février.
Prochain rendez-vous à la maison : Béziers !
Provence Rugby retrouvera Maurice-David vendredi 12 décembre pour la réception de Béziers, un classique du championnat toujours intense. Une belle soirée de rugby en perspective pour conclure l’année à domicile. Qui se joeura, une nouvelle fois, à guichets fermés.
